Droit de la santé

Chute à l’hôpital ou en EHPAD : quand l’établissement doit-il répondre ?

5 min de lecture Par Maître Océane DEZALAY

Une personne âgée chute de son lit d’hôpital la nuit ; un résident d’EHPAD tombe dans une salle de bains sans barre d’appui. Fracture du col du fémur, hospitalisation, perte d’autonomie : pour les familles, la question surgit aussitôt — l’établissement devait-il l’empêcher ?

Pas de responsabilité automatique — mais une vraie obligation

Aucun texte ne fait de l’hôpital ou de l’EHPAD le garant absolu de l’impossibilité de chuter : la responsabilité suppose une faute. Mais cette faute s’apprécie au regard de l’état connu du patient : un risque de chute identifié — antécédents, troubles de l’équilibre, désorientation, traitement sédatif — appelle des mesures adaptées : surveillance rapprochée, lit en position basse, barrières prescrites, sonnette accessible, aide à la déambulation. La chute d’un patient dont la vulnérabilité était signalée, sans qu’aucune mesure particulière n’ait été prise, caractérise le défaut de surveillance ou d’organisation.

Les fautes le plus souvent retenues

  • Défaut de surveillance : patient à risque laissé seul lors d’un transfert, d’une toilette, d’un passage au bloc ou en radiologie ;
  • Défaut d’organisation du service : effectifs ou protocoles insuffisants au regard des besoins, consignes non transmises entre équipes ;
  • Environnement et matériel : sol glissant non signalé, éclairage défaillant, absence de barres d’appui, lit ou fauteuil inadapté ;
  • Prescriptions non exécutées : barrières de lit ou surveillance particulière prescrites mais non mises en place — la faute est alors presque acquise.

À retenir

L’équilibre inverse existe aussi : la liberté d’aller et venir des résidents est un droit, et la contention n’est licite que sur prescription, réévaluée régulièrement. Tout l’enjeu du dossier est de démontrer que la sécurité exigée n’entamait pas indûment cette liberté — ou qu’elle était prescrite et non appliquée.

Hôpital public, clinique, EHPAD : trois cadres, trois juges

À l’hôpital public, la faute d’organisation ou de surveillance relève du tribunal administratif, après demande indemnitaire préalable. En clinique privée comme en EHPAD privé, l’action se porte devant le tribunal judiciaire, sur le fondement du contrat de séjour ou de soins et de l’obligation de sécurité — appréciée d’autant plus strictement que la vulnérabilité du résident était connue et que le contrat prévoyait une surveillance renforcée. La prescription est de dix ans à compter de la consolidation pour les dommages liés à des soins ; les délais de droit commun s’appliquent aux fautes purement « hôtelières ».

Les preuves à réunir sans attendre

Demandez immédiatement le dossier médical et le dossier de soins : y figurent l’évaluation du risque de chute à l’admission, les transmissions infirmières, les prescriptions (barrières, surveillance), et la fiche de déclaration de chute que les établissements renseignent après tout événement indésirable. Complétez par le contrat de séjour et le projet personnalisé (EHPAD), les échanges écrits avec l’équipe, les photographies des lieux, et un certificat médical décrivant précisément les lésions. La cohérence — ou les lacunes — de ces documents décide de la plupart des dossiers.

Réparation : ne pas sous-estimer les suites d’une chute

Chez la personne âgée, une fracture n’est jamais anodine : perte d’autonomie, syndrome post-chute, placement définitif, décès parfois. L’indemnisation couvre l’ensemble des postes — déficits fonctionnels, souffrances, tierce personne, frais de séjour supplémentaires — et, en cas de décès, les préjudices des proches. Une expertise médicale s’impose pour rattacher les séquelles à la chute plutôt qu’à l’état antérieur : c’est le terrain de discussion favori des assureurs d’établissements.

L'essentiel

Cet article en bref

  • Pas de responsabilité automatique : il faut une faute — surveillance, organisation ou équipement inadaptés au risque connu.
  • Défaut de surveillance, prescriptions non exécutées, matériel défaillant : les fautes le plus souvent retenues.
  • Hôpital public, clinique, EHPAD : trois cadres, trois juges — administratif ou judiciaire selon l'établissement.
  • Demandez immédiatement le dossier médical et le dossier de soins : évaluation du risque et transmissions y figurent.
  • Chez la personne âgée, une chute n'est jamais anodine : perte d'autonomie et syndrome post-chute s'indemnisent aussi.

Vos questions, nos réponses

L’EHPAD est-il responsable de toute chute d’un résident ?

Non : il faut une faute — surveillance ou équipement inadaptés au risque connu du résident. Mais lorsque la vulnérabilité était identifiée et qu’aucune mesure adaptée n’a été prise, ou qu’une prescription n’a pas été exécutée, la responsabilité est engagée.

Quelles pièces demander après une chute à l’hôpital ?

Le dossier médical et le dossier de soins — évaluation du risque de chute, transmissions infirmières, prescriptions —, la fiche de déclaration de chute, le contrat de séjour en EHPAD, et un certificat médical décrivant les lésions.

Quel tribunal saisir après une chute en établissement ?

Le tribunal administratif pour un hôpital public — après demande indemnitaire préalable — ; le tribunal judiciaire pour une clinique ou un EHPAD privé, sur le fondement du contrat de séjour et de l’obligation de sécurité.

Cet article a une vocation purement informative et ne constitue pas une consultation juridique. Le droit évolue et chaque situation est particulière : pour un avis adapté à votre dossier, contactez le cabinet.

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