Immobilier & construction

L'expertise judiciaire en construction : comment ça se passe

5 min de lecture Par Maître Océane DEZALAY

Dans la plupart des litiges de construction, tout se joue pendant l'expertise judiciaire. C'est là que se déterminent les causes des désordres, les responsabilités et les sommes en jeu.

Obtenir l'expertise

L'expertise est demandée au juge des référés (référé-expertise). Le juge désigne un expert indépendant et fixe sa mission. Cette mesure est rapide à obtenir et interrompt utilement les délais.

Le déroulement

L'expert convoque toutes les parties à des réunions contradictoires sur les lieux. Chacun peut s'exprimer, être assisté d'un avocat et d'un technicien. L'expert examine les désordres, entend les positions, et adresse un pré-rapport.

Les dires : un enjeu majeur

Après le pré-rapport, les parties adressent leurs dires : observations écrites auxquelles l'expert doit répondre. Des dires précis et argumentés peuvent infléchir les conclusions — sur l'origine des désordres, les responsabilités ou le chiffrage.

Et après ?

Le rapport définitif sert de base à la négociation ou au procès au fond. Un rapport favorable facilite grandement l'indemnisation.

À retenir

Ne subissez pas l'expertise : préparez chaque réunion, réunissez vos pièces et faites valoir vos arguments par des dires. L'assistance d'un avocat pèse sur le résultat.

La première réunion d’expertise se prépare

La première réunion donne le ton. Arrivez avec un dossier ordonné : marché et devis, plans, procès-verbal de réception, échanges avec les entreprises, photographies datées des désordres, et une liste écrite des désordres numérotés — que l'expert reprendra souvent telle quelle. Toutes les parties (entreprises, assureurs, sous-traitants) doivent être présentes ou régulièrement convoquées : un oubli d'appel en cause peut rendre le rapport inopposable à un acteur clé.

Les dires : votre voix dans le rapport

Après chaque réunion et surtout après le pré-rapport, les dires écrits permettent de contester une analyse, de faire ajouter un désordre oublié, de discuter un chiffrage. L'expert a l'obligation d'y répondre : un dire précis, appuyé sur une pièce ou un avis technique, peut infléchir les conclusions — et le rapport définitif conditionne 90 % de l'issue du procès. C'est l'investissement le plus rentable de tout le contentieux de la construction.

Ce que change l'intervention d'un avocat

L'expertise n'est pas une formalité technique mais le vrai procès avant le procès — s'y présenter accompagné change le rapport final. Chaque dossier a ses délais, ses pièces et ses pièges : une consultation permet de sécuriser votre position avant qu'une échéance ne la fragilise.

Obtenir l’expertise : le référé de l’article 145

Avant tout procès au fond, l’expertise s’obtient en référé, sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile : il suffit d’un motif légitime — établir la preuve de désordres dont pourrait dépendre la solution d’un litige. Devant le juge administratif, le référé-expertise de l’article R. 532-1 du code de justice administrative joue le même rôle. Réflexe capital : attraire à l’expertise tous les intervenants possibles — constructeurs, sous-traitants, maîtres d’œuvre, assureurs décennaux et dommages-ouvrage — car le rapport ne sera opposable qu’aux parties présentes ou dûment appelées.

Le contradictoire est votre force pendant les opérations

L’expert convoque les parties à des accedits (réunions sur site), examine les désordres, peut ordonner des investigations destructives ou des sondages. Chaque partie s’exprime par des dires : des observations écrites auxquelles l’expert est tenu de répondre. C’est là que se gagne l’expertise — un dire technique solide, appuyé par un expert d’assuré ou un bureau d’études, oriente les conclusions sur l’origine des désordres, les responsabilités et le chiffrage des reprises. Ne réparez rien avant les constatations, sauf mesures conservatoires d’urgence dûment constatées.

Le rapport, colonne vertébrale du procès au fond

Le rapport déposé fixe le socle technique du litige : origine des désordres, imputabilités, coût des travaux de reprise, préjudices annexes (jouissance, relogement). Le juge n’est pas lié par l’expert, mais s’en écarte rarement sans raison sérieuse. Les frais d’expertise, avancés par le demandeur sous forme de consignation, sont in fine supportés par la partie perdante au titre des dépens — et l’assignation en référé-expertise a, au passage, interrompu les délais de la garantie décennale à l’égard des parties appelées.

L'essentiel

Cet article en bref

  • L'expertise s'obtient en référé, avant tout procès, sur le fondement de l'article 145 du code de procédure civile.
  • Les réunions sont contradictoires : chacun s'exprime, assisté au besoin de son conseil et d'un expert d'assurance ou privé.
  • Les dires écrits sont votre voix dans le rapport : l'expert doit y répondre — des dires bien construits pèsent lourd.
  • Le rapport définitif fixe le socle technique du litige : origine des désordres, imputabilités, coût des reprises.
  • L'expertise est le vrai procès avant le procès : chaque réunion se prépare, pièces ordonnées à l'appui.

Vos questions, nos réponses

Comment obtenir une expertise judiciaire avant tout procès ?

Par un référé fondé sur l’article 145 du code de procédure civile : il suffit de justifier d’un motif légitime d’établir la preuve des désordres. Le juge désigne un expert et fixe sa mission.

Pourquoi faut-il appeler les assureurs à l’expertise ?

Parce que le rapport n’est pleinement opposable qu’aux parties présentes ou appelées. Omettre un assureur décennal, c’est risquer de devoir recommencer — et l’assignation interrompt les délais à l’égard des seules parties attraites.

Qui paie l’expertise judiciaire ?

Le demandeur avance les frais par une consignation fixée par le juge. En fin de procès, ils sont mis à la charge de la partie perdante au titre des dépens.

Cet article a une vocation purement informative et ne constitue pas une consultation juridique. Le droit évolue et chaque situation est particulière : pour un avis adapté à votre dossier, contactez le cabinet.

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