Immobilier & construction

Abandon de chantier : que faire face à un constructeur défaillant

5 min de lecture Par Maître Océane DEZALAY

Un chantier à l'arrêt, un constructeur injoignable : la situation est angoissante, surtout quand des acomptes ont déjà été versés. Une réaction méthodique s'impose.

Établir l'abandon

Faites constater l'état d'avancement et l'arrêt des travaux par un commissaire de justice. Ce constat, daté et incontestable, servira de socle à toute la procédure.

Mettre en demeure

Adressez au constructeur une mise en demeure de reprendre les travaux, par lettre recommandée, en fixant un délai. Sans réponse, elle ouvre la voie à la résiliation.

Résilier et faire achever

La résiliation du contrat, souvent judiciaire, permet de confier l'achèvement à une autre entreprise et de réclamer : le surcoût d'achèvement, les pénalités de retard, le préjudice de jouissance.

La protection du CCMI

Si vous avez signé un contrat de construction de maison individuelle (CCMI), la garantie de livraison obligatoire vous protège : le garant doit faire achever la maison au prix convenu, en cas de défaillance du constructeur. Actionnez-la sans tarder.

À retenir

Ne financez pas la reprise sans cadre juridique : constat, mise en demeure, puis résiliation. En CCMI, la garantie de livraison est votre meilleure alliée.

Bien distinguer l’abandon du simple retard

L’abandon de chantier se caractérise par une interruption prolongée et injustifiée des travaux — à distinguer du simple retard de livraison ou des interruptions légitimes (intempéries, attente de matériaux commandés, impayés du maître d’ouvrage). D’où l’importance du constat de commissaire de justice, répété à quelques semaines d’intervalle : il fige l’état d’avancement et transforme une impression en preuve. Vérifiez aussi la situation de l’entreprise au registre du commerce — une procédure collective change toute la stratégie (déclaration de créance, garantie financière).

Le compte entre les parties : payer juste, pas plus

Avant de confier l'achèvement à une autre entreprise, faites dresser un état contradictoire de l'avancement : ce qui a été réellement exécuté, sa valeur, les acomptes versés. Le surcoût d'achèvement (différence entre le prix initial et le coût final) est indemnisable, tout comme les pénalités de retard et le préjudice de jouissance — mais encore faut-il un chiffrage opposable. En CCMI, la garantie de livraison couvre précisément ce risque : son garant doit être mis en demeure sans délai.

Ce que change l'intervention d'un avocat

Constats datés, état d'avancement contradictoire, mise en demeure du garant : la sortie d'un abandon de chantier se joue sur la solidité du dossier de preuve. Chaque dossier a ses délais, ses pièces et ses pièges : une consultation permet de sécuriser votre position avant qu'une échéance ne la fragilise.

La mise en demeure, préalable à tout

Adressez au constructeur une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception de reprendre les travaux sous un délai précis (huit à quinze jours en pratique). Restée vaine, elle ouvre vos options : en CCMI, saisir immédiatement le garant de livraison (article L. 231-6 du CCH), qui devra faire achever la maison au prix convenu ; hors CCMI, l’article 1222 du code civil vous permet, dans un délai et à un coût raisonnables, de faire exécuter les travaux par une autre entreprise aux frais du défaillant — ou de demander au juge la résolution du contrat aux torts du constructeur, avec dommages-intérêts (pénalités de retard, surcoût d’achèvement, préjudice de jouissance, loyers exposés).

Si le constructeur est en liquidation judiciaire

La donne change : les poursuites individuelles sont arrêtées et il faut déclarer votre créance auprès du liquidateur dans les délais (deux mois de la publication du jugement au BODACC, en principe). En CCMI, la garantie de livraison prend tout son sens — le garant achève ou indemnise, sans attendre la procédure collective. Vérifiez aussi les assurances : la décennale du constructeur reste mobilisable pour les désordres relevant de sa garantie, même après liquidation.

L'essentiel

Cet article en bref

  • L'abandon se distingue du simple retard : une interruption durable et injustifiée, à faire constater par commissaire de justice.
  • La mise en demeure recommandée de reprendre les travaux, sous délai, est le préalable à toute suite judiciaire.
  • La résiliation permet de confier l'achèvement à une autre entreprise et de réclamer le surcoût au constructeur défaillant.
  • En CCMI, la garantie de livraison oblige le garant à faire achever la maison à prix et délais convenus.
  • Si le constructeur est en liquidation judiciaire, déclarez votre créance au liquidateur dans les délais et activez le garant.

Vos questions, nos réponses

Que faire en premier face à un chantier abandonné ?

Faire constater l’abandon par un commissaire de justice, puis mettre le constructeur en demeure de reprendre les travaux sous délai, par lettre recommandée avec avis de réception. Ces deux pièces conditionnent toutes les suites.

Puis-je faire terminer les travaux par une autre entreprise ?

Oui : après mise en demeure infructueuse, l’article 1222 du code civil permet de faire exécuter les travaux par un tiers, dans un délai et à un coût raisonnables, aux frais du constructeur défaillant. En CCMI, c’est le garant de livraison qui fait achever.

Constructeur en liquidation judiciaire : est-ce perdu ?

Non : déclarez votre créance auprès du liquidateur dans les délais et, en CCMI, activez la garantie de livraison — le garant achève ou indemnise sans attendre. La décennale reste par ailleurs mobilisable pour les désordres qu’elle couvre.

Cet article a une vocation purement informative et ne constitue pas une consultation juridique. Le droit évolue et chaque situation est particulière : pour un avis adapté à votre dossier, contactez le cabinet.

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